Adrien Bilal, meilleur jeune économiste 2026 : « La croissance peut être une alliée, et non une ennemie, de la politique climatique »

Adrien Bilal, meilleur jeune économiste 2026 : « La croissance peut être une alliée, et non une ennemie, de la politique climatique »

La distinction d’Adrien Bilal, professeur assistant d’économie à Stanford et lauréat 2026 du prix du meilleur jeune économiste, met en lumière une question centrale : faut-il opposer l’expansion de l’activité à la lutte contre le réchauffement ? Ses travaux en économie du climat invitent à dépasser cette alternative. La croissance économique n’est pas nécessairement incompatible avec une politique climatique ambitieuse : elle peut, sous certaines conditions, fournir les ressources, les innovations et les capacités d’investissement nécessaires à la transition écologique.

Cette approche repose sur une distinction essentielle. La croissance ne réduit pas automatiquement les émissions de gaz à effet de serre ; sans règles ni incitations adaptées, elle peut même accroître la consommation d’énergie et les pressions sur les ressources. Mais lorsqu’elle s’accompagne de transformations technologiques et de décisions publiques cohérentes, elle peut accélérer la réduction des émissions et renforcer le développement durable. C’est cette articulation entre activité, dommages climatiques et choix collectifs qui explique la portée des recherches distinguées par le prix remis par Le Monde et le Cercle des économistes, dont le portrait du lauréat et de ses travaux souligne l’originalité.

Adrien Bilal et l’économie du climat : mesurer le coût du réchauffement

Une politique climatique se juge aussi à l’aune des dommages qu’elle permet d’éviter. Les épisodes de chaleur extrême, les perturbations de la production et les risques pesant sur les infrastructures peuvent affecter durablement la productivité. Dans les travaux d’Adrien Bilal, l’analyse macroéconomique du changement climatique cherche précisément à mieux intégrer ces effets dans l’évaluation des trajectoires de croissance.

Une estimation rapportée dans la presse évoque une baisse potentielle très importante du PIB mondial à l’horizon 2100 sous l’effet du réchauffement. Il s’agit d’une projection dépendante des hypothèses retenues, et non d’une prévision certaine ; elle rappelle néanmoins que l’inaction climatique comporte elle aussi un coût économique. Le travail consacré aux dommages économiques du réchauffement replace ainsi le débat sur la politique climatique dans une perspective de long terme.

Pourquoi l’inaction climatique n’est pas une option sans coût

Une comparaison pertinente ne met pas en balance une économie « gratuite » et une transition coûteuse. Elle confronte plutôt les investissements de réduction des émissions aux pertes que peuvent entraîner les dommages climatiques, en tenant compte de leur répartition dans le temps et entre les secteurs. Cette méthode oblige aussi à préciser les hypothèses : température, fréquence des événements extrêmes, capacité d’adaptation et évolution de la productivité.

Le raisonnement ne suppose donc pas que toute action climatique soit rentable dans toutes les circonstances. Il invite à évaluer les politiques selon leur efficacité, leur coût et les dommages évités. C’est dans cette perspective qu’Adrien Bilal défend une politique ambitieuse même lorsque l’analyse ne repose pas sur un scénario catastrophique, comme le présente cet entretien sur la justification économique de l’action climatique.

Une croissance économique compatible avec la transition écologique

La croissance peut soutenir l’action climatique en élargissant les moyens disponibles pour investir dans les infrastructures, la recherche et la modernisation des équipements. Toutefois, cette capacité ne garantit pas à elle seule une trajectoire bas carbone : les prix, les normes et les politiques publiques déterminent en partie l’orientation des investissements. L’enjeu consiste donc à rendre l’innovation verte économiquement viable et à éviter que les gains de productivité ne se traduisent simplement par une hausse des émissions.

Le cas d’une entreprise fictive de transport illustre ce mécanisme. Le renouvellement de sa flotte par des véhicules moins émetteurs exige un financement initial et une planification, mais peut réduire à terme sa consommation d’énergie et son exposition aux variations des prix des carburants. Pour que ce type de décision se diffuse, les conditions de financement, les infrastructures et la stabilité des règles comptent autant que la technologie elle-même.

  • Orienter l’investissement vers les équipements et infrastructures compatibles avec la réduction des émissions, en évaluant leur coût sur l’ensemble de leur durée d’utilisation.
  • Encourager l’innovation verte afin que les solutions moins carbonées deviennent plus accessibles et puissent être déployées à grande échelle.
  • Accompagner les transformations sectorielles pour répartir les coûts de la transition et limiter les effets sur les ménages et les entreprises les plus exposés.

Cette articulation explique pourquoi croissance durable et politique climatique ne sont pas nécessairement contradictoires. Elle dépend toutefois de choix collectifs précis : une activité économique qui progresse sans décarbonation ne constitue pas une stratégie climatique. La croissance devient une alliée lorsqu’elle finance et accélère la transformation productive.

Le rôle des politiques publiques dans une croissance durable

Les pouvoirs publics peuvent modifier les incitations à investir par la réglementation, la tarification des émissions et le soutien à la recherche. Ces instruments doivent être évalués avec rigueur : leur efficacité climatique, leur incidence sur les prix et leur compatibilité avec la soutenabilité des finances publiques sont autant de paramètres déterminants. Une politique mal calibrée peut alourdir les coûts sans accélérer suffisamment la transformation.

Le débat porté par ce jeune économiste ne consiste donc pas à choisir entre activité et climat, mais à déterminer quelles formes de croissance sont compatibles avec la baisse des émissions. La question décisive devient celle de la composition de la production et des investissements : la croissance n’est pas, en elle-même, une garantie de progrès climatique, mais elle peut en fournir l’un des leviers.